Dr. Rose Fine-Meyer

Université de Toronto

Mme Rose Fine-Meyer est chargée de cours dans le programme de maîtrise en enseignement de l’Institut d’études pédagogiques de l’Ontario (OISE) de l’Université de Toronto. Ses 20 années d’expérience en tant qu’enseignante au secondaire et son travail dans le domaine de l’histoire publique à l’OISE contribuent à façonner une approche interdisciplinaire de l’enseignement de l’histoire. Mme Fine-Meyer est également présidente de l’Ontario Heritage Fairs Association.


Les curriculums en contexte

Le Dr Fine-Meyer a souligné la manière dont l’OISE invite les futurs enseignants à s’engager dans des études rigoureuses et actuelles alors qu’ils se préparent à aborder le programme provincial. Elle note : « Ils sont à la pointe des études dans ce domaine », ce qui permet aux étudiants de s’engager de manière réfléchie dans le paysage en constante évolution de l’enseignement de l’histoire et des sciences sociales.

Dans les salles de classe du Dr Fine-Meyer, les enseignants en formation conservent une grande autonomie dans leur pratique. Elle prône la flexibilité et l’ouverture d’esprit vis-à-vis des expériences vécues par les élèves afin de favoriser un apprentissage pertinent, affirmant : « Je crois que les enseignants peuvent aider à créer des liens personnels et publics entre les élèves et leurs communautés en réfléchissant à la manière dont le passé et le présent se rejoignent. »

De la théorie à la pratique : les objectifs pédagogiques en action

Le Dr Fine-Meyer guide les élèves avec une philosophie interdisciplinaire de l’enseignement de l’histoire et des sciences sociales. Elle rejette une approche restrictive qui suit des récits historiques prédéfinis et incite les élèves à réfléchir à la manière dont le lieu et l’espace jouent un rôle dans la compréhension du passé. Cette position s’inspire de sa collaboration passée avec Mel Greif, chef du département scolaire, lorsqu’elle était professeure d’histoire au Humberside Collegiate Institute. Greif a démontré que « nous ne sommes pas obligés de nous limiter à enseigner l’histoire dans les cours d’histoire ; nous pouvons rassembler toute l’école autour du travail historique en créant des projets à l’échelle de l’établissement ». Cela a inspiré des projets interdisciplinaires tels que des fresques historiques, renforçant sa conviction qu’il fallait élargir les liens entre l’histoire et d’autres matières. Cela l’a également amenée à développer et à mettre en œuvre un cours interdisciplinaire pour la province de l’Ontario (IDC4UI) axé sur l’histoire locale et le travail d’archivage scolaire. 

Archives du Humberside utilisées pour l’histoire locale et les travaux d’archivage scolaire dans IC4UI.  Photo fournie par le Dr Fine-Meyer.

Sa pratique actuelle met l’accent sur l’interdépendance des événements historiques. « Je veux que les leçons soient façonnées par la manière dont les événements qui se sont produits dans le passé ne sont pas cloisonnés les uns par rapport aux autres, ni déconnectés d’aujourd’hui. » Cette approche privilégie le lien avec la terre et intègre les philosophies et les modes de connaissance des Autochtones.

Des candidats enseignants dessinent et écrivent des histoires à l’extérieur du McMaster Hall, contribuant ainsi à faire revivre l’histoire en dehors de la salle de classe. Photo fournie par le Dr Fine-Meyer.

Un exemple de cela est une tâche sur le commerce des fourrures. Après que les élèves ont exploré la terre, l’eau, les animaux et l’histoire des Autochtones à l’aide de documents et de cartes des régions où se pratiquait le commerce des fourrures, le Dr Fine-Meyer attribue aux élèves des rôles, tels que fabricants de canoës, employés de comptoirs commerciaux, exportateurs, castors, femmes et enfants, et rivières. Les élèves débattent de questions telles que : « Qui a joué le rôle le plus essentiel dans le commerce des fourrures ? » Cela élargit leur compréhension au-delà de l’« histoire unique » du commerce des fourrures qui est souvent enseignée dans les écoles. Cela aide également les élèves à saisir l’interdépendance des actions, ainsi que l’importance de cette histoire dans la création d’un précédent pour l’exploitation environnementale par l’État à des fins lucratives.  

Le Dr Fine-Meyer insiste sur le fait que les enseignants ne doivent pas se fier uniquement aux manuels scolaires ou aux récits préexistants : « Vous avez la possibilité d’apporter davantage, tout comme vos élèves. Vos élèves ont des histoires à raconter ; intégrons-les à l’étude du passé. » Elle illustre cela en utilisant des « boîtes à preuves » contenant des documents historiques et des artefacts afin de montrer comment différents récits peuvent être construits en fonction des preuves utilisées. 

Elle privilégie également le travail sur le terrain dans des lieux tels que les maisons historiques, les musées et les villages afin d’examiner de manière critique les récits historiques et d’envisager des représentations plus inclusives et plus précises. Dans certains cas, le travail sur le terrain peut se dérouler dans le propre jardin des élèves, comme c’est le cas pour les mini-fouilles archéologiques. Elle note : « L’idée est de rendre l’histoire pertinente, car ils s’engagent et réfléchissent sur des espaces publics et personnels qui partagent des récits historiques. Il n’y a pas de frontière où le passé s’arrête complètement. En établissant ces liens, ils voient à quel point l’histoire est vivante. »

Les futurs enseignants participent à des mini-fouilles archéologiques dans leur propre jardin. Photos fournies par le Dr Fine-Meyer.

Naviguer dans les complexités de la formation des enseignants


Le Dr Fine-Meyer reconnaît que transformer les mentalités dans l’enseignement « prend du temps ». Elle est consciente des défis auxquels les enseignants peuvent être confrontés dans le cadre d’un travail de terrain approfondi, et comprend que les enseignants en formation puissent percevoir cela comme « déconnecté de leur réalité en classe ».

Pour remédier à cette situation, Mme Fine-Meyer préconise d’accroître les possibilités de perfectionnement professionnel et souligne que leur absence est une préoccupation croissante. Elle met l’accent sur les événements locaux, provinciaux et nationaux où les enseignants d’histoire peuvent collaborer et échanger des idées, et en fait la promotion. Mme Fine-Meyer espère que cette approche collaborative et interdépendante permettra d’alléger la pression dans les écoles, affirmant : « Nous ne pouvons pas tout changer. Nous ne pouvons changer que ce que nous faisons et la manière dont nous collaborons et communiquons en tant qu’enseignants. » 

Cocréé par le Dr Rose Fine-Meyer et Jessica Gobran