Marc-Alexandre Prud’homme

Université du Québec à Chicoutimi

Marc-Alexandre Prud’homme est chargé de cours en didactique de l’histoire à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Titulaire d’un baccalauréat en enseignement de l’univers social au secondaire de l’Université Laval, il a ensuite poursuivi des études de deuxième cycle portant sur l’éducation à la citoyenneté dans des milieux éducatifs alternatifs, notamment les écoles dites « libres » ou démocratiques. Il partage aujourd’hui son temps entre l’enseignement universitaire et le travail dans un centre éducatif agile. Dans cet environnement souple, sans programme prédéfini, il explore des approches pédagogiques variées qu’il transmet également à ses cohortes de futurs enseignants à l’université.


Les programmes d’études en contexte

Travaillant principalement au Québec, M. Prud’homme se trouve à la croisée de plusieurs exigences : préparer les étudiants à enseigner les programmes actuels, tout en les équipant pour s’adapter à des programmes scolaires en constante évolution. Les changements fréquents dans les orientations ministérielles, souvent marqués par un retour à des approches plus axées sur la mémorisation, constituent, selon lui, un défi majeur. Dans ce contexte, M. Prud’homme cherche à maintenir vivantes les contributions récentes sur l’enseignement de l’histoire, en particulier les concepts liés à la pensée historique. Il encourage les futurs enseignants à concevoir des activités qui s’inscrivent dans le programme scolaire, mais qui développent également des compétences interprétatives, critiques et méthodologiques. Il espère ainsi fournir aux futurs enseignants des outils leur permettant de remettre en question les contraintes institutionnelles avec une vision plus émancipatrice de l’enseignement de l’histoire.

De la théorie à la pratique : les objectifs du programme en action

Les objectifs pédagogiques de M. Prud’homme visent à aider les élèves à développer une compréhension nuancée des concepts de la pensée historique, tout en leur permettant d’adopter une attitude critique à leur égard. 

Par exemple, dans le cadre d’un atelier inspiré par les questions d’actualité liées au fascisme, les élèves ont été invités à retracer les trajectoires de divers régimes dits fascistes à un moment donné de l’histoire (Italie, Allemagne, Espagne, etc.) à l’aide de frises chronologiques. Ensuite, en identifiant les événements et les conflits récurrents, ils créent collectivement une définition du fascisme basée sur une approche comparative et inductive. Cette activité, qui aboutit à l’établissement des caractéristiques spécifiques d’une société fasciste établie, peut être réappliquée à plusieurs autres concepts que les élèves doivent apprendre. Elle peut également donner lieu à des discussions ultérieures visant à comparer les résultats du processus de conceptualisation avec les sociétés actuelles.

Un autre exemple cité par M. Prud’homme concerne un atelier immersif simulant les élections allemandes de 1933, dans lequel les élèves endossent différents profils socio-économiques (ouvrier berlinois, agriculteur chrétien, ancien combattant juif, etc.). Ils doivent ensuite voter pour l’un des partis en lice, en essayant de convaincre leurs camarades, sans connaître leur véritable identité politique. En s’appuyant sur les promesses électorales de l’époque, les élèves analysent les enjeux, défendent leur choix en justifiant leur position du point de vue de leur personnage, puis comparent les résultats de la classe avec ceux de l’histoire. Cette activité, qui fait appel à l’analyse de sources, à la conceptualisation et à l’empathie historique, permet également d’aborder les différentes perspectives propres à certains contextes de l’époque. 

En faisant analyser ce genre d’activités dans des cours de didactique, l’un de ses objectifs est de « former les enseignants à développer une pensée critique indépendante, sensible aux besoins réels de leurs élèves, même si cela implique [parfois] de s’écarter du programme ou des manuels scolaires ».

L’approche pédagogique de M. Prud’homme repose donc sur l’idée que l’enseignement de l’histoire doit être adapté à l’identité et aux intérêts des élèves afin de favoriser un engagement authentique dans la réflexion historique. Pour lui, il est essentiel que les futurs enseignants s’engagent dans une « pédagogie active », capable de générer des « conflits cognitifs » et de jeter des ponts entre les expériences récentes des élèves et les questions du passé. Cette perspective s’inscrit dans une conception dynamique de la conscience historique, comprise comme la capacité à donner un sens au passé en le reliant à soi-même et au présent, notamment à travers des « études de cas » significatives.

Naviguer dans les complexités de la préparation des enseignants


L’une des difficultés mentionnées par M. Prud’homme concerne la nécessité de déconstruire la vision de l’histoire comme un récit figé, souvent adoptée par certains futurs enseignants en formation initiale. À cette fin, il consacre plusieurs séances à « déconstruire l’idée que l’histoire est un récit à apprendre par cœur », puis à « reconstruire les conceptions initiales » à l’aide d’approches actives fondées sur la pensée historique, la théorie de la complexité et le poststructuralisme. Il cherche ainsi à « façonner dans une certaine mesure l’identité professionnelle des enseignants de [sa] classe, à travers la confrontation des idées ».

Cocréé par Marc-Alexandre Prud’homme et Arianne Dufour