Dr. Sara Karn

Université McMaster

Sara Karn est postdoctorante à l’Université McMaster et membre de Thinking Historically for Canada’s Future. Ses recherches doctorales à l’Université Queen’s portaient sur l’empathie historique dans l’enseignement de l’histoire au Canada. Elle enseigne l’éducation environnementale et climatique ainsi que les sciences sociales sous l’angle de l’histoire aux universités Wilfrid Laurier et Lakehead. Elle collabore également à des projets d’éducation à la justice climatique avec le Social Studies & History Education in the Anthropocene Network (SSHEAN), dirigé par le Dr Heather McGregor à l’Université Queen’s.



Les curriculums en contexte

La Dre Karn s’efforce d’adapter son enseignement au contexte particulier dans lequel évoluent ses futurs enseignants, en mettant particulièrement l’accent sur l’histoire et l’environnement locaux. Par exemple, lorsqu’elle enseigne l’éducation environnementale au campus Brantford de l’Université Laurier, elle met en avant l’histoire des Six Nations de la rivière Grand et organise une promenade le long de la rivière avec ses futurs enseignants.

Les candidats enseignants lors d’une promenade le long de la rivière Grand en janvier 2023. Photo fournie par le Dr Karn.

Les travaux actuels du Dr Karn dans le domaine de l’éducation aux sciences sociales et environnementales s’appuient sur sa thèse, qui portait sur l’empathie historique. Elle s’intéresse actuellement à la manière dont nous pouvons enseigner le passé à la lumière de la crise climatique, et réfléchit à la manière dont les émotions peuvent être impliquées dans ce travail. Le Dr Karn souligne que « les émotions sont inévitablement présentes en classe, quel que soit le sujet abordé. Elles constituent une partie importante de l’expérience d’apprentissage ».

De la théorie à la pratique : les objectifs pédagogiques en action

Le Dr Karn aborde l’éducation à l’environnement et au climat comme une discipline interdisciplinaire, considérant l’histoire comme « une pièce du puzzle plus vaste que constituent les questions climatiques ». Son objectif principal est « de favoriser l’empathie et le souci des êtres humains, des non-humains et de l’environnement, dans le passé et le présent », souvent à travers des expériences d’apprentissage en plein air. Pour le Dr Karn, ce processus est à la fois relationnel et critique, impliquant intrinsèquement des dimensions émotionnelles ou affectives. En impliquant les étudiants de cette manière, le Dr Karn espère « leur donner les moyens, ainsi qu’à leurs futurs étudiants, d’agir sur diverses questions environnementales ».

Une des méthodes qu’elle utilise avec les futurs enseignants est l’exercice « Prompt for the Planet », inspiré par la poète Amanda Gorman. Cet exercice interdisciplinaire invite les élèves à choisir un élément de l’environnement et, à travers une réponse artistique, à s’exprimer à sa place. Par exemple, les élèves peuvent explorer ce que les incendies de forêt dévastateurs communiqueraient au monde ou ce que l’eau douce des Grands Lacs de l’Ontario pourrait dire. Le Dr Karn note que les éléments choisis sont souvent très personnels : « Ils ne choisissent pas simplement l’eau ou les arbres en général. Ils choisissent souvent, par exemple, un arbre particulier de la ferme de leur famille, de sorte qu’il y a une histoire familiale et une identité qui motivent leur réponse et leur intérêt pour le phénomène naturel. »

Exemple d’une peinture Prompt for the Planet réalisée en juin 2025. Photo fournie par le Dr Karn

Cette tâche s’inscrit également dans une réflexion historique, car ces éléments peuvent être contextualisés à différentes époques et dans différents lieux. Pour le Dr Karn, cet exercice stimule une conscience historique qui fait appel aux facultés émotionnelles et créatives. Elle estime qu’il « permet véritablement de réunir le passé, le présent et l’avenir lorsque les élèves réfléchissent à la manière dont leur élément a été affecté par le changement climatique au fil du temps ».

En encourageant les relations bienveillantes et empathiques avec l’environnement, le Dr Karn souhaite faire comprendre aux futurs enseignants que « pour répondre à la crise climatique, il faut comprendre d’où nous venons et où nous allons ». Elle approfondit encore cette compréhension à travers d’autres activités qui mettent l’accent sur l’imagination pour appréhender le passé, le présent et ce que le Dr Kent den Heyer appelle les « futurs préférables » pour lutter contre la dégradation de l’environnement.

Le Dr Karn utilise fréquemment le « programme de marche » du Dr Gillian Judson, dans le cadre duquel les élèves discutent de questions telles que « Quelles preuves pouvez-vous trouver d’un événement qui s’est produit à cet endroit avant aujourd’hui ? » tout en marchant à l’extérieur, ce qui aide les élèves à « développer un sentiment d’appartenance à un lieu au fil du temps, en dehors des quatre murs de la salle de classe ». Dans d’autres cas, les élèves créent des « vidéos sur le climat » retraçant l’histoire d’un lieu important et la manière dont il a été affecté par le changement climatique. Collectivement, ces devoirs « ancrent les élèves dans la réalité du présent et du passé, et leur apprennent à utiliser l’histoire pour étayer leurs réflexions ».

Les futurs enseignants se sont réunis en plein air au Centre d’éducation environnementale d’Elbow Lake pour regarder des vidéos sur le climat en avril 2022. Photo fournie par le Dr Karn.

Naviguer dans les complexités de la formation des enseignants


Le Dr Karn reconnaît que l’histoire n’est pas toujours associée intuitivement à l’éducation environnementale et climatique et que les structures éducatives traditionnelles cloisonnent souvent les matières. Pour contrer cela, elle continue de défendre une approche interdisciplinaire, montrant comment l’histoire peut s’entremêler avec toutes les matières.

Enseigner dans plusieurs établissements pose également des défis pour favoriser des liens profonds avec les terres et l’histoire locale. Cette difficulté motive toutefois Mme Karn à collaborer avec des enseignants et des détenteurs de connaissances locaux, renforçant ainsi son engagement envers l’apprentissage continu sur les lieux qui sont au cœur de son enseignement. Comme elle le dit elle-même : « Il est important pour moi d’apprendre à connaître l’endroit avec les étudiants, en particulier lors de nos interactions en plein air. On n’a jamais vraiment fini d’apprendre sur la terre ou grâce à elle. »

Cocréé par le Dr Sara Karn et Jessica Gobran