Université de la Colombie-Britannique

La Dre Penney Clark, professeure au département des programmes et de la pédagogie de la faculté d’éducation de l’Université de la Colombie-Britannique, est une experte en histoire des programmes scolaires et en politique d’élaboration des manuels scolaires. Forte d’une vaste expérience dans l’enseignement de cours de méthodologie des sciences sociales dans des universités de la Colombie-Britannique et de l’Alberta, elle a mis au point du matériel pédagogique largement utilisé en histoire et en sciences sociales, notamment des manuels utilisés dans les cours de méthodologie de l’histoire et des sciences sociales à travers le pays.


Programme d’études dans son contexte 

Les travaux actuels du Dr Clark avec les enseignants en formation initiale se concentrent sur le programme d’études de la Colombie-Britannique, mais elle prépare ses candidats enseignants à s’engager plus largement dans les cadres éducatifs. Elle met l’accent sur le point de vue de Václab Havel selon lequel l’objectif du programme d’études est de « développer les capacités individuelles des élèves de manière ciblée et de les préparer à la vie en tant que personnes réfléchies, capables de penser aux implications sociales, historiques et philosophiques plus larges de leurs spécialités ».

Le Dr Clark contextualise l’apprentissage par rapport à l’objectif de la Colombie-Britannique de former des citoyens informés et engagés. Elle estime que les enseignants en formation qui comprennent cet objectif global peuvent concevoir et dispenser efficacement des programmes d’études sociales partout. En outre, elle met en évidence les points communs entre les programmes d’études provinciaux au Canada, enseignant à ses étudiants à les analyser à travers un prisme transférable.

De la théorie à la pratique : les objectifs du programme en action

L’un des fondements du travail du Dr Clark auprès des enseignants en formation est de démontrer la nécessité cruciale « d’utiliser diverses sources primaires et secondaires pour approfondir et enrichir l’enseignement de l’histoire ». Cette insistance est particulièrement cruciale compte tenu de la diversité des parcours scolaires des élèves, dont certains peuvent manquer de connaissances fondamentales en matière de pensée historique. Elle souligne que les éléments essentiels de la pensée historique sont intégrés, à des degrés divers, dans « presque tous les programmes scolaires provinciaux du pays », ce qui rend indispensable pour les enseignants en sciences sociales d’aborder avec habileté des sources diverses.

Le Dr Clark apprécie l’utilisation des arts visuels tels que la peinture, la fiction historique ou les œuvres d’époque comme points d’entrée pour enseigner le pouvoir de la diversité des sources. Elle a exploré les possibilités offertes par cette approche dansune publication de 2020 avec le Dr Alan Sears (couverture illustrée à droite). Le Dr Clark met toutefois en garde contre une utilisation prudente de la fiction historique, car « lorsque les enfants lisent de la fiction, ils peuvent être tellement pris par l’histoire qu’ils en oublient les implications historiques ». Elle qualifie cela d’arme à double tranchant. Néanmoins, le Dr Clark envisage d’utiliser ces sources captivantes en conjonction avec les concepts de pensée historique, car « elles peuvent transmettre les idées clés de la conscience historique et le fait que l’histoire est une interprétation ».

Il est important de noter que le Dr Clark préconise l’intégration réfléchie des manuels scolaires parmi les sources présentées aux élèves, s’opposant ainsi à l’idée selon laquelle les manuels scolaires sont « le signe d’un mauvais enseignement ». Elle souligne que, lorsqu’ils sont utilisés à bon escient, les manuels scolaires sont « utiles pour fournir des aperçus succincts, des échafaudages et un cadre élaboré par des experts ». 

Pour illustrer l’importance d’utiliser diverses sources, Mme Clark utilise une tâche axée sur des récits fictifs et factuels de la Première Guerre mondiale (P1M). Dans le cadre de cette activité, elle distribue diverses sources à différents groupes d’élèves. Certains groupes reçoivent des sources primaires, notamment des peintures de guerre réalisées par des artistes canadiens (voir l’exemple ci-dessous), des photographies, des lettres, des extraits de journaux intimes, des articles de journaux et des affiches de recrutement. D’autres groupes reçoivent des sources secondaires, comme des extraits de manuels scolaires ou des extraits fictifs de romans, tels qu’un passage de Rilla of Ingleside de L.M. Montgomery, qui se déroule dans l’arrière-pays de l’Île-du-Prince-Édouard.

Richard Jack, La prise de la crête de Vimy, vers 1917, peinture, Musée canadien de la guerre, Ottawa, Ontario. Tiré du site Web de la collection du Musée canadien de la guerre : https://www.warmuseum.ca/collections/artifact/1017197

Après avoir examiné les sources qui leur ont été attribuées, les élèves rédigent un paragraphe résumant ce qu’ils ont appris sur la Première Guerre mondiale. Chaque groupe présente ensuite ses conclusions à la classe, en comparant les différents récits et en discutant des contradictions ou des inexactitudes éventuelles. Ils consultent ensuite d’autres sources pour confirmer ou réfuter leurs hypothèses. La tâche se termine par la rédaction d’un compte rendu complet par les élèves, intégrant les points de vue de toutes les sources, suivi d’un débriefing en classe axé sur des questions de discussion qui portent sur les possibilités et les limites de chaque source.

Naviguer dans les complexités de la préparation des enseignants


Le Dr Clark s’est dite préoccupée par le fait que l’enseignement des sciences sociales ne soit pas une priorité dans les écoles primaires, ce qui limite l’exposition des futurs enseignants à cette matière pendant leur stage. Elle a également estimé que la durée actuelle du programme de formation des enseignants était insuffisante, déclarant : « Je pense vraiment que ce programme devrait être plus long, car il est impossible de tout aborder de manière satisfaisante. »

Le Dr Clark préconise également la création de listes de ressources autorisées et accessibles pour aider les enseignants d’histoire. La Colombie-Britannique est unique en ce sens qu’elle ne dispose pas d’une liste autorisée de ressources approuvées par le ministère, ce qui oblige les enseignants à passer beaucoup de temps à « réinventer la roue » pour trouver et développer des ressources. Cela nuit à la préparation des enseignants stagiaires. Cette observation souligne les efforts déployés par le Dr Clark pour créer et diffuser des ressources de qualité afin de favoriser un enseignement de l’histoire attrayant.

Cocréé par le Dr Penney Clark et Jessica Gobran