Dr. Mark T.S. Currie
Université Carleton
Le Dr Mark T.S. Currie est professeur adjoint à l’Université Carleton. Il a auparavant enseigné les sciences sociales et l’histoire aux niveaux intermédiaire et supérieur à l’Université d’Ottawa. Le Dr Currie a également enseigné les sciences sociales et l’éducation autochtone à l’OISE, à l’Université de Toronto, et est chercheur et rédacteur pour une société de conseil en éducation.

Les curriculums en contexte
Le Dr Currie encourage les futurs enseignants à considérer le programme scolaire comme un « document vivant », adaptable à des contextes pédagogiques spécifiques, plutôt que comme un manuel d’instructions rigide. Il remet en question l’attente courante d’un guide précis pour l’enseignement de l’histoire et souligne que le programme scolaire « est une chose évolutive dont les priorités et les axes principaux changent au fil des ans ».
Au lieu de se sentir « enchaînés » par le programme scolaire, le Dr Currie encourage ses étudiants à adopter les grandes idées et compétences du programme comme paramètres. Dans ce cadre, ils peuvent « repousser un peu les limites et s’adapter d’année en année et de classe en classe ». Il préconise de trouver des contenus et des parcours uniques qui trouvent un écho auprès des élèves et de la communauté. Reconnaissant que cela peut être difficile, il encourage les futurs enseignants à se concentrer sur « la construction d’une carrière, et pas seulement d’un emploi pour le moment », les incitant à cultiver « une compréhension et une approche fondamentales qui leur conviennent et qui les soutiendront en tant qu’enseignants au fil des ans ».
De la théorie à la pratique : les objectifs pédagogiques en action
La philosophie pédagogique du Dr Currie remet en question l’approche rigide et basée sous la forme d’une liste à cocher de l’enseignement de l’histoire. Il commence chaque cours en disant aux futurs enseignants : « Je ne suis pas ici pour vous apprendre exactement comment enseigner l’histoire, mais pour vous aider à déterminer quel type de professeur d’histoire vous souhaitez devenir. » Cette approche, selon lui, « leur permet de trouver leur propre voie ».
Au cœur de ce parcours se trouvent l’introspection et la compréhension de soi. Le Dr Currie insiste : « Il faut commencer par soi-même et comprendre ce que l’on sait et ce que l’on ne sait pas. » Il estime qu’en prenant conscience de leurs propres préjugés, les étudiants peuvent comprendre qu’« il n’existe pas de Vérité unique en histoire – ou, si elle existe, nous passons notre vie à la chercher ». Il encourage les futurs enseignants à explorer la multiplicité des récits et des perspectives, soulignant que « l’histoire est quelque chose que nous créons, et non quelque chose que nous recevons et acceptons simplement ».
Pour favoriser ce travail réflexif et illustrer la diversité des perceptions, le Dr Currie utilise une activité centrée sur les objets personnels et les histoires individuelles. Les élèves identifient un objet significatif provenant de leur foyer et écrivent son histoire en relation avec leurs expériences vécues et leur histoire familiale. Le Dr Currie utilise souvent comme exemple de vieilles caisses en bois de Coca-Cola, qu’il montre d’abord vides et sur lesquelles il demande aux élèves de réfléchir à leur signification. Après avoir entendu diverses interprétations sur leur âge, leur utilisation et leurs origines, il révèle une photo des caisses remplies de ses livres, expliquant qu’elles lui servent d’étagère. Cela démontre comment « chacun a un lien historique différent avec les lieux, les espaces et les objets », ce qui constitue une base pour prendre en compte les diverses perspectives en classe.

Les vieilles caisses en bois Coca-Cola du Dr Currie qui servent d’étagères. Photo fournie par le Dr Currie.
Dans un cas, une étudiante a partagé une photo d’une maison historique de Spadina à Toronto. Alors que beaucoup l’ont reconnue comme étant un musée, l’étudiante a révélé qu’il s’agissait de la maison de sa grand-mère, où elle avait joué lorsqu’elle était enfant. Le Dr Currie a fait remarquer : « Pour elle, c’est la maison de sa grand-mère, mais pour la communauté environnante, c’est une maison historique qui doit être préservée. »

Exemple d’une maison historique de Spadina à Toronto, similaire à celle évoquée par l’un des candidats enseignants du Dr Currie. Parcs Canada. (s.d.). Maison William D. Lawrence [Photographie]. https://www.pc.gc.ca/apps/dfhd/page_nhs_eng.aspx?id=15735.
Cette activité aide à créer le sentiment que « tout le monde est un personnage historique, car nous remodelons le monde à notre manière. Tout dépend de la façon dont nous montrons la perspective à travers laquelle nous voyons les gens et les choses ». À travers cette activité, le Dr Currie montre aux futurs enseignants comment leurs propres expériences façonnent leur interprétation des personnes, des expériences et des artefacts, et comment l’ouverture à des perspectives diverses conduit à des lectures plus relationnelles. Il estime que de telles activités aident les enseignants d’histoire et de sciences sociales à éviter de « compartimenter le passé, le présent et l’avenir » dans leur quête de pensée et de conscience historiques.
Naviguer dans les complexités de la formation des enseignants
Le Dr Currie utilise une approche critique et antiraciste pour « remettre en question et bouleverser le grand récit colonial et le statu quo ». Conscient des inquiétudes des futurs enseignants quant à une éventuelle opposition, il souligne que cette pédagogie « nous aide à voir les choses dans toute leur complexité et leurs relations », ce qui nous place dans une meilleure position pour affronter les changements à venir. Il note que la reconnaissance des dynamiques coloniales et racistes « devient la manière dont vous vous approchez du monde au quotidien ».
Le Dr Currie a également réfléchi aux défis auxquels sont confrontés les formateurs d’enseignants qui rencontrent une résistance à cette approche dans leur pratique. Bien que l’on puisse être tenté de « fermer la porte » lorsque les candidats à l’enseignement sont en désaccord avec une approche antiraciste, il met en garde : « Vous ne pouvez pas simplement fermer la porte si vous voulez faire preuve d’esprit critique et de compréhension critique. Si vous voulez être critique, vous devez vous engager ». Il préconise une approche ouverte et engageante face aux désaccords, en donnant l’exemple d’attitudes bénéfiques pour les futurs enseignants.
Cocréé par le Dr Mark T.S. Currie et Jessica Gobran
