Dr. Alan Sears

Université du Nouveau-Brunswick

Le Dr Alan Sears, professeur émérite d’éducation sociale à l’Université du Nouveau-Brunswick, a commencé à enseigner dans les écoles publiques en 1977. Après avoir enseigné pendant 11 ans, il a rejoint l’université où il s’est consacré à l’enseignement des sciences sociales et de l’histoire. Le Dr Sears continue d’être une figure éminente dans le domaine de l’enseignement de l’histoire grâce à ses recherches et ses publications.


Les curriculums en contexte

Le travail du Dr Alan Sears dans le domaine de l’élaboration des programmes d’études et des manuels scolaires lui confère une perspective canadienne élargie sur le contexte de l’enseignement de l’histoire. Bien qu’il constate que les programmes d’études provinciaux ne diffèrent pas beaucoup d’une province à l’autre, il souligne que la démographie et les normes politiques provinciales peuvent influencer la mise en œuvre et les domaines prioritaires.

Le Dr Sears souligne le rôle essentiel des formateurs d’enseignants dans la préparation des futurs enseignants à s’engager dans les systèmes qui créent les programmes d’études. Comme il l’a fait remarquer, « mon travail consiste à aider les enseignants en formation à se préparer à enseigner le programme d’études du Nouveau-Brunswick. En tant que formateurs d’enseignants, nous avons pour mission de préparer les enseignants en formation initiale à s’intégrer dans le système, mais pas à s’y cantonner. » Il estime que les éducateurs doivent non seulement dispenser le programme scolaire, mais aussi le comprendre et participer à son élaboration. Les enseignants et les élèves doivent « connaître le système afin de pouvoir y travailler, mais aussi être en mesure de le façonner ». 

De la théorie à la pratique : les objectifs pédagogiques en action

Le Dr Sears utilisait souvent une approche pédagogique basée sur la résolution de problèmes pour enseigner l’histoire, impliquant les futurs enseignants dans la résolution de problèmes courants rencontrés dans la pratique professionnelle. Cette méthode est largement utilisée dans la formation professionnelle en médecine, en ingénierie et dans d’autres domaines.

Pour le Dr Sears, les contestations et les controverses autour des commémorations peuvent être utiles pour explorer les changements dans l’enseignement de l’histoire. Il explique : « L’une des choses qui s’est produite dans l’enseignement de l’histoire est que nous avions l’habitude d’enseigner ce que les historiens savent, ou le contenu. Puis nous avons changé, si l’on pense à la pensée historique, pour nous concentrer sur la manière dont les historiens savent… Je pense que la prochaine étape consiste à examiner comment fonctionne l’histoire, ou le passé. »

Pour le Dr Sears, les commémorations offrent aux étudiants un prisme à travers lequel analyser la manière dont les groupes se souviennent d’eux-mêmes et comment les récits peuvent s’opposer. Il a illustré cela avec les manifestations de 2017 pour et contre la statue de Lord Cornwalis à Halifax, où des membres des Mi’kmaq et des « Proud Boys » se sont affrontés, comme le montre l’image ci-dessous. Il a observé que les deux groupes s’étaient inspirés du passé et avaient utilisé ces informations pour réfléchir à eux-mêmes et à leur position par rapport aux autres. Le Dr Sears suggère que « si nous devons nous rencontrer dans ces espaces communs et discuter, débattre ou parler du passé, il serait utile d’avoir une idée de la façon dont les gens en sont venus à le comprendre ».

Frances, W. (2017, July 15). “Offensive and disgraceful”: protesters cheer as city of Halifax shrouds Cornwallis statue. CBC News. https://www.cbc.ca/news/canada/nova-scotia/cornwallis-statue-halifax-protest-removal-Frances, W. (15 juillet 2017). « Offensant et honteux » : les manifestants applaudissent alors que la ville d’Halifax recouvre la statue de Cornwallis. CBC News. https://www.cbc.ca/news/canada/nova-scotia/cornwallis-statue-halifax-protest-removal-1.4206909

Ces idées ont été mises en pratique dans le cadre d’un cours d’études sociales au primaire dispensé par le Dr Sears à des étudiants en éducation à distance enseignant dans des écoles privées juives de Montréal. Les étudiants ont été invités à analyser de manière critique un objet, un site ou une cérémonie commémorative, et à explorer sa contribution à la mémoire collective et son potentiel d’utilisation dans l’enseignement de l’histoire. Les étudiants avaient la liberté créative de présenter leurs acquis sous la forme de leur choix. Deux étudiants ont choisi les Stolpersteine Stones. Ces « pierres d’achoppement », encastrées dans les trottoirs à travers l’Europe, sont conçues pour « faire trébucher votre réflexion » et inciter les spectateurs à commémorer les victimes de l’Holocauste. Ces deux étudiants ont réfléchi à leur apprentissage en créant un podcast auquel a participé l’une de leurs grands-mères, survivante de l’Holocauste. En réfléchissant au travail de ces étudiants, le Dr Sears a déclaré : « Lorsque vous donnez des devoirs, laissez-leur un certain choix et une certaine liberté quant à la manière dont ils vont y répondre, et fixez des normes élevées… les étudiants feront souvent des choses qui dépassent vos attentes. »

Gunter Demnig et Catherine Tedford. (8 juillet 2019). Stolpersteine. Les rues parlent : formes publiques d’expression créative à travers le monde. Université St. Lawrence. https://jstor.org/stable/community.34492645

Le Dr Sears a souligné que les commémorations sont précieuses pour l’enseignement de l’histoire, même en l’absence de controverse : « Il n’est pas nécessaire d’attendre que quelqu’un veuille démolir une statue ou changer le nom d’un bâtiment pour commencer à s’intéresser aux commémorations. » Les pratiques commémoratives quotidiennes, comme les poèmes du jour du Souvenir ou le chant de « Ô Canada », peuvent aider les élèves à comprendre comment l’histoire est construite et partagée, et comment les valeurs démocratiques peuvent guider une commémoration respectueuse à l’avenir.

Naviguer dans les complexités de la formation des enseignants


Le Dr Sears a porté un regard critique sur les programmes de baccalauréat en éducation au deuxième et troisième cycle au Canada, soulignant que les enseignants obtiennent souvent un diplôme en histoire, puis un diplôme en enseignement, sans jamais revenir sur les avancées de la recherche historique. Il affirme : « La profession d’historien évolue chaque année : ce que les historiens pensent du passé, les preuves qu’ils utilisent, ceux qui écrivent à ce sujet. » Pour le Dr Sears, une compréhension dynamique de l’histoire est essentielle pour les éducateurs qui souhaitent utiliser l’histoire pour aborder des questions civiques complexes. Utilisée de cette manière, l’histoire peut enseigner l’humilité et la recherche constante de ce qu’il décrit comme « la meilleure description de la manière dont les preuves s’articulent entre elles » et une ouverture continue à de nouvelles preuves. En fin de compte, le Dr Sears a déclaré que « l’éducation sert à former des personnes qui peuvent nous aider à façonner le monde, et non des personnes qui s’adaptent au monde tel qu’il est. L’histoire y contribue. »

Cocréé par le Dr Alan Sears et Jessica Gobran