Brandon Hamilton,
Enseignant en immersion française
Lorsque Brandon Hamilton nous a raconté ses expériences, il enseignait un programme d’immersion tardive en français en 7e et 8e année, à Dartmouth (Nouvelle-Écosse). La clientèle de l’école de Brandon reflétait la diversité des milieux socioéconomiques de la communauté, les élèves provenant autant de familles à faible revenu que de familles plus aisées. Brandon nous a expliqué que ce contexte scolaire diversifié avait pour avantage non seulement d’enrichir les discussions, mais aussi d’apporter différents points de vue qui offraient aux élèves des occasions de découvrir diverses célébrations culturelles et de comprendre l’impact des politiques gouvernementales sur leur communauté. La classe de Brandon accueillait également de nombreux nouveaux arrivants au Canada, en particulier des élèves du Nigeria. Il a organisé des discussions qui ont permis à ces élèves de parler de leurs expériences tout en sensibilisant leurs camarades à des enjeux actuels liés à l’immigration et à l’identité. En créant un environnement inclusif, Brandon a aidé chaque élève à se sentir reconnu et écouté. Par la tenue de discussions sur des fêtes culturelles comme la Diwali et le ramadan, Brandon cherchait à cultiver un sentiment d’appartenance chez ses élèves en les aidant à apprécier les diverses histoires qui façonnent leur identité canadienne commune.

Caledonia Junior High School
Dartmouth, Nouvelle-Écosse

Connaissances autochtones
Brandon a constaté que le contexte local, en particulier la présence de la communauté micmaque, influence beaucoup l’enseignement de l’histoire et des perspectives autochtones. « Beaucoup d’événements actuels sont liés aux traités et aux relations avec les Autochtones dans cette région », explique-t-il. Au fil de ses six années d’enseignement, il a également observé un changement chez ses élèves, qui entraient au secondaire avec des connaissances de base impressionnantes sur les questions autochtones. Cette évolution est le fruit d’efforts pour renouveler le programme-cadre en y intégrant les voix et les perspectives autochtones, ce qui rend la matière plus pertinente et plus accessible pour les élèves.
Brandon a puisé dans les événements d’actualité pour engager ses élèves dans des discussions sur les relations, les traités et les droits autochtones. Par exemple, il a mis en valeur des sujets locaux comme le récent transfert de propriété de Clearwater Seafood aux communautés autochtones. La combinaison d’exemples contemporains et de sources primaires, y compris des transcriptions de conversations orales avec des aînés micmacs et des documents historiques, permet aux élèves d’apprendre l’histoire autochtone d’une manière concrète.
Brandon a également pu compter sur la précieuse collaboration d’une monitrice de français, ce qui lui a permis d’inviter des aînés autochtones de la région à venir faire des exposés en classe. Grâce à ce partenariat, Brandon a pu intégrer l’enseignement des concepts d’équité, d’égalité et de justice sociale dans le cadre d’un programme d’immersion française.
Il insiste également sur l’importance d’intégrer des traditions orales et des aides visuelles au lieu d’utiliser uniquement des textes. Comme il l’explique, « le savoir autochtone et les modes d’enseignement autochtones se sont révélés incroyablement efficaces – en privilégiant la transmission orale des connaissances, en recourant moins aux textes et en utilisant des images et des aides visuelles ».
Il ajoute que « les cercles de discussion, où la voix de chacun est entendue et reconnue, ont également contribué à l’échange collectif de connaissances et de compréhension ». Brandon reconnaît que l’expertise de la monitrice de français, même si elle n’avait pas ce mandat officiellement, a influencé sa pratique et enrichi énormément la compréhension de l’histoire et des cultures autochtones par ses élèves.

Engagement civique
Brandon a intégré l’engagement civique dans sa salle de classe en combinant l’enquête historique avec l’action des élèves et en utilisant le pouvoir de la narration. Les activités proposées en classe, comme des projets sur le thème du Mois de l’histoire des Noirs, ont permis aux élèves de découvrir d’éminentes personnalités noires au Canada. « Leur tâche consistait à étudier une personnalité noire connue au Canada, historique ou contemporaine », explique Brandon, ajoutant qu’il a été surpris par la diversité des personnes choisies. Les élèves ont ainsi étudié les défis, les possibilités et la résilience de personnalités comme Viola Desmond, Wanda Robson et même Drake.
En planifiant des discussions sur des thèmes comme le pouvoir et la lutte contre l’adversité, Brandon aide les élèves à établir des liens entre des concepts abstraits et des récits du monde réel. Il croit que cette approche « favorise l’engagement civique de différentes manières » au-delà d’activités traditionnelles comme le vote.
Brandon enrichit son enseignement en établissant des liens avec la communauté et en créant des ponts entre l’histoire et le présent. Par exemple, un élève a choisi d’étudier Calvin Woodrow Ruck, figure locale ayant fait connaître le Black Battalion, ce qui a donné lieu à des discussions en classe sur l’injustice raciale dans leur propre quartier. « Les élèves disaient : ‘Oh, c’est la maison de telle ou telle personne… c’est incroyable!’ »
En intégrant des événements d’actualité, des histoires locales et des discussions sur la justice sociale, Brandon a donné à ses élèves la possibilité de sentir qu’ils font partie intégrante d’une histoire continue d’action civique et de changement. Cette approche, souligne-t-il, prouve « qu’on peut aller en profondeur dans un contexte d’immersion », montrant ainsi la valeur de mobiliser les élèves d’une manière constructive et transformatrice.
Cocréé par Brandon Hamilton et Christine Cheng