Dr. Marie-Hélène Brunet
Université d’Ottawa
Mme Brunet est actuellement professeure agrégée à la Faculté d’éducation de l’Université d’Ottawa. Son doctorat, effectué à l’Université de Montréal, portait sur la compréhension de l’histoire des femmes par les élèves du secondaire québécois. Plus récemment, elle a développé un intérêt pour l’enseignement en milieu franco-ontarien, un contexte dans lequel elle enseigne la didactique de l’histoire.

Les programmes d’études en contexte
Comme elle travaille en Ontario, Mme Brunet a dû se décentrer de son expérience québécoise afin de s’adapter à un nouveau contexte institutionnel et pédagogique. Dès son entrée en poste, elle a constaté que non seulement les programmes scolaires varient d’une province à l’autre, mais qu’au sein même de l’Ontario, ils diffèrent selon la langue d’enseignement. Par exemple, les programmes d’histoires conçus spécifiquement pour les écoles francophones d’Ontario, intègrent des attentes et contenus liés à l’histoire, à la culture et à la construction identitaire des communautés franco-ontariennes. Ainsi, en milieu franco-minoritaire, l’approche culturelle est particulièrement marquée, ce qui fait en sorte que les enseignants ont un double mandat : « transmettre des savoirs disciplinaires tout en soutenant l’identité francophone des élèves ». Cette réalité a amené Mme Brunet à se montrer attentive à l’expérience de ses étudiantes et étudiants, dont plusieurs sont animés par le désir de faire vivre l’histoire franco-ontarienne aux élèves.
De la théorie à la pratique : les objectifs du programme en action
L’un des objectifs de Mme Brunet est de développer une attitude réflexive chez ses étudiants en formation initiale. C’est pourquoi elle met en place des activités visant à déconstruire les idées préconçues de ce que signifie « bien enseigner l’histoire ». Dès les premiers cours de la session, elle utilise un questionnaire interactif pour sonder les représentations initiales, en posant des questions telles que : « Qu’est-ce qui fait un bon élève ou un bon enseignant d’histoire ? » et « Qu’est-ce que l’histoire ? ». Sur la base des réponses anonymisées, elle lance des discussions sur la place du récit, l’attitude de l’enseignant et les finalités de l’enseignement de l’histoire. Cette discussion encourage les enseignants à dépasser l’image de l’enseignant-conteur.
Par ailleurs, Mme Brunet a conçu un projet balado (https://voiced.ca/project/histoire-denseigner/) inspiré de son collègue David Scott (Université de Calgary). Le projet culmine par une rencontre entre les étudiants et des didacticien∙ne∙s ou historien∙ne∙s. En amont, les étudiants analysent les textes de l’invité, élaborent un guide d’entrevue, puis enregistrent un épisode de balado en studio. Pour Mme Brunet, ce dispositif favorise l’appropriation de connaissances issus de la recherche et leur mise en lien avec la pratique. Au bout du compte, ce projet permet de positionner les étudiant∙e∙s comme des acteur∙rice∙s à part entière du champ, contribuant à la circulation des savoirs professionnels et au développement de l’identité professionnelle. Mme Brunet rappelle à cet égard que les futur∙e∙s enseignant∙e∙s ne sont « pas à l’extérieur du champ, [ils et elles ne sont] pas juste en classe pour écouter des expert∙e∙s, mais aussi pour [s’]immerger dans ce domaine y participer ».

En ce qui concerne la conscience historique, elle est intégrée à travers les dimensions identitaire, citoyenne et éthique de l’enseignement de l’histoire, particulièrement marquées en contexte franco-minoritaire. Bien que l’enseignement de Mme Brunet soit davantage axé sur la pensée historique, la conscience historique transparaît nécessairement dans ses pratiques lorsqu’elle traite d’agentivité, de perspectives ou de dimension éthique : « c’est un concept qui est là naturellement ». Cela s’explique probablement par le contexte d’enseignement, où plusieurs étudiant∙e∙s sont déjà engagé∙e∙s dans leur(s) communauté(s) d’appartenance.
Naviguer dans les complexités de la préparation des enseignants
Plusieurs aspects peuvent paraître complexes dans la formation à l’enseignement. Cependant, en contexte franco-minoritaire, l’absence de ressources spécifiques est souvent perçue comme un défi marquant. Pour y remédier, Mme Brunet privilégie des pédagogies actives et collaboratives à travers lesquelles les manuels sont exploités de manière critique et où des sources variées deviennent à la base du développement des ressources pédagogiques. Selon elle, l’absence de matériel adapté devrait d’abord être perçue comme une opportunité d’accéder à une plus grande autonomie professionnelle et à la création de ressources pertinentes. Outre cela, la gestion des sujets sensibles en classe est également évoquée comme un défi : « je suis toujours en grande réflexion, il n’y a pas de recette. La sensibilité ne s’invente pas, elle se vit ». Ces questionnements alimentent toutefois des discussions approfondies avec les futur∙e∙s enseignant∙e∙s portant sur les voix incluses ou au contraire marginalisées dans l’histoire enseignée. Finalement, elle rappelle que former en contexte minoritaire, c’est aussi apprendre à enseigner avec conscience, créativité et engagement, même (et surtout) en l’absence d’un canevas tout tracé.
Cocréé par le Dr Marie-Hélène Brunet et Arianne Dufour
