Paul McGuire

Université d’Ottawa

M. McGuire est un enseignant d’histoire du secondaire et directeur d’école primaire retraité depuis six ans. Fort de son expérience sur le terrain, il a depuis entrepris un doctorat en éducation à l’université d’Ottawa où il s’intéresse aux moyens de former les candidats en formation initiale à l’enseignement de pensée critique, en particulier dans le domaine de l’histoire. Depuis quelques années, il a également accompagné plus spécifiquement les futurs enseignants dans les cours de méthodologie de l’enseignement de l’histoire.


Les programmes d’études en contexte

Tout au long de sa carrière d’enseignant, M. McGuire s’est intéressé à l’histoire, mais également « à la manière de l’enseigner pour qu’elle soit attrayante pour les élèves ». Lorsqu’il a été amené à enseigner à l’Université d’Ottawa, il a depuis pris conscience que les méthodes d’enseignement n’avaient pas vraiment changé depuis 30 ans. Le contexte institutionnel dans lequel il enseigne est donc ce qui a eu le plus d’impact sur le façonnement de ces pratiques d’enseignement : « j’ai commencé à explorer des idées autour de la pensée historique et aux façons dont elle a le potentiel de changer la façon dont nous enseignons l’histoire dans nos écoles. »

De la théorie à la pratique : les objectifs du programme en action

Dans sa pratique, M. McGuire avait l’habitude d’enseigner la pensée historique aux étudiants de manière explicite. Par exemple, en demandant aux étudiants d’appliquer un concept de la pensée historique à leur leçon. Toutefois, il a constaté que l’application était souvent très superficielle. Les futurs enseignants ne sont toutefois pas à blâmer : «  comment peut-on s’attendre à ce qu’ils en sachent beaucoup sur ce sujet alors qu’ils voient généralement ces concepts pour la première fois, lorsqu’ils sont à l’université, à la faculté d’éducation, ce n’est pas quelque chose dont ils ont fait l’expérience en tant qu’étudiants. Et bien souvent, leurs enseignants associés n’en savaient pas beaucoup plus à ce sujet non plus »

Face à cette réalité, il oriente maintenant son approche vers une pédagogie cognitive centrée sur la pratique guidée. Plutôt que de miser sur l’acquisition théorique de savoirs, il privilégie les situations d’enseignement concrètes, suivies de discussions critiques. « Les enseignants en formation initiale ont vraiment besoin de plus de pratique, de plus d’action, plutôt que de savoir. Et nous n’insistons pas encore assez sur ce point. » 

Ainsi, les pratiques efficaces en enseignement s’ancrent dans les principes de la mise en pratique, des essais-erreurs, mais également de l’observation. Il cherche donc à créer des contextes où les étudiants peuvent enseigner la pensée historique, puis réfléchir ensemble à ce qui a été observé. Il s’agit de développer une compréhension ancrée dans l’action : identifier ce qui fonctionne, ajuster en fonction des résultats, apprendre par l’expérience. Plutôt que de leur dire ce qu’est la pensée historique, il les pousse à l’explorer activement, à en découvrir le sens à travers la pratique. L’enseignement de M. Mcguire peut prendre la forme suivante : l’expert modélise pour l’étudiant, puis il passe par une série d’étapes encadrées où l’étudiant commence à pratiquer certains aspects de la pensée historique. Ensuite, lorsqu’ils pratiquent, il y a un retour d’information qui leur est donné après qu’ils aient pratiqué.

Pour ce faire, un outil prometteur serait selon lui l’intégration d’un système d’analyse et d’annotation vidéo. Ce dispositif permettrait d’enregistrer de courtes séquences d’enseignement — par exemple une leçon sur l’importance historique —, puis de les commenter de façon structurée avec l’étudiant. Cette méthode offrirait des rétroactions fondées sur des preuves concrètes, facilitant une discussion précise sur ce qui a bien fonctionné et ce qui pourrait être amélioré.

Enfin, pour M. McGuire, c’est en quelque sorte en enseignant qu’on apprend à enseigner — et c’est dans l’action que les fondements de la pensée historique prennent véritablement vie.

Naviguer dans les complexités de la préparation des enseignants


Compte tenu de ce qui précède, l’un des principaux obstacles mentionnés par M. McGuire concerne donc le décalage entre la compréhension théorique de la pensée historique et son application en classe. Bien qu’il reconnaisse l’existence d’un cadre intellectuel solide pour la pensée historique, M. McGuire souligne qu’il y a « très peu de recherches sur la façon dont elle est appliquée en classe ». Ce manque de base empirique soulève la question de savoir si les efforts actuels améliorent l’apprentissage réel des étudiants ou s’ils servent simplement d’exercices abstraits.

Pour relever ces défis, M. McGuire propose une approche plus systématique et fondée sur des données probantes de la formation des enseignants. S’inspirant du modèle de l’apprentissage cognitif, il envisage des équipes de mentorat collaboratives – comprenant des professeurs de méthodologie, des superviseurs de stage et des enseignants associés – travaillant en étroite collaboration avec un seul candidat à l’enseignement. L’élément central de ce modèle est l’utilisation de preuves vidéo : l’enregistrement de segments d’enseignement en classe (par exemple, un clip de 10 minutes sur la pertinence historique), leur annotation avec un retour d’information structuré et l’utilisation de ces enregistrements comme base d’un dialogue professionnel. Cela permet aux mentors et aux candidats de réfléchir à des pratiques spécifiques à l’aide de preuves concrètes.

Cocréé par Paul McGuire et Arianne Dufour