Marc-André Éthier

University of Montréal

Marc-André Éthier a été professeur à l’UQTR de 2000 à 2004 et est professeur titulaire en didactique de l’histoire à l’UdeM depuis 2004. Ancien enseignant du secondaire, il a acquis une expérience sur le terrain dans diverses écoles du Québec. Ses cours, liés et complémentaires, s’adressent surtout à de futurs enseignants du secondaire qui exerceront pour la plupart leur fonction dans des milieux francophones.


Les programmes d’études en contexte

M. Éthier travaille en général avec des étudiants de 4e année au baccalauréat en enseignement qui, bien qu’ils aient déjà été exposés aux programmes scolaires québécois, n’ont pas toujours eu l’occasion d’en saisir les implications concrètes pour leur pratique : « Il arrive qu’ils n’aient pas réfléchi à fond à ce que les programmes scolaires signifient pour la pratique », souligne-t-il. C’est pour cette raison que, dans un contexte francophone marqué par des programmes scolaires prescrits, il cherche à développer chez ses étudiants la capacité de faire des choix pédagogiques éclairés et intentionnels. Selon lui, les choix des futurs enseignants ne devraient pas être basés sur le hasard ou la contrainte, mais plutôt sur ce qu’ils jugent essentiel pour leurs élèves. En effet, enseigner l’histoire consiste avant tout à transmettre « une façon de penser, un rapport au savoir, un rapport au monde » – une posture critique et engagée, plutôt qu’un récit figé.

De la théorie à la pratique : les objectifs du programme en action

En classe, M. Éthier met ces idées en pratique à travers des activités centrées sur les préoccupations et les questions des apprenants eux-mêmes. Plutôt que de leur offrir une interprétation unique, il cherche à leur donner « des outils leur permettant de se poser des questions et d’y répondre au moins en partie, et d’avoir les moyens d’en débattre avec d’autres ». 

À cette fin, il propose diverses stratégies pédagogiques – des jeux aux débats en passant par l’analyse de manuels scolaires – dans lesquelles les étudiants sont invités à expérimenter différentes approches pédagogiques et à les adapter à leur réalité professionnelle. L’un des moments clés de ce processus d’apprentissage est l’élaboration et la présentation d’une activité pédagogique, que les étudiants testent en groupes. Sous la forme d’une communauté d’apprentissage, ils analysent ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, par rapport aux objectifs qu’ils se sont fixés, aux besoins de leurs élèves et au contexte curriculaire. 

Pour M. Éthier, il ne s’agit donc pas de mettre l’accent sur une méthode unique, mais plutôt de créer des conditions pour que les futurs enseignants s’approprient différentes pratiques qu’ils pourront réinvestir de façon réfléchie dans leur pratique professionnelle. Au bout du compte, son enseignement est basé sur le développement de la capacité à adopter une posture critique face aux savoirs historiques. En effet, ce n’est pas un ensemble figé de connaissances, mais plutôt une capacité à réfléchir, à remettre en question ses idées, à dialoguer et même à être prêt à changer d’avis le cas échéant. Ses pratiques d’enseignement sont donc liées au développement des compétences issues du référentiel québécois de compétences pour la profession enseignante, en particulier celle liée à l’autonomie professionnelle. Dans cette finalité, ce dernier a le profond désir de fournir aux futurs enseignants des occasions de réfléchir ensemble à des questions liées à l’histoire. tory-related issues.

Naviguer dans les complexités de la préparation des enseignants


M. Éthier a réitéré à plusieurs reprises la qualité des étudiants qu’il a rencontrés tout au long de sa carrière. Cela dit, il observe lui aussi un enjeu bien connu des enseignants : le manque de temps. La réalité du travail enseignant a bien changé, les futurs étudiants ont parfois des contrats en même temps qu’ils étudient, d’autres ont déjà une vie familiale bien remplie. Même si les trajectoires individuelles peuvent venir alourdir la tâche, M. Éthier rappelle qu’il faut aussi y voir les avantages : « Il y a des choses qu’on peut tirer de l’école qui nous serviront pour l’université et vice-versa ». Dans cette optique et compte tenu de la diversité de leurs profils, il invite ses étudiants à adopter des pédagogies variées et adaptées à des objectifs d’un engagement réel des élèves avec le passé. Lorsque le temps nous manque comme enseignant, il rappelle qu’il existe plusieurs façons de faire, selon ce qu’on cherche à développer : parfois un conflit cognitif peut être utile, parfois non, l’essentiel étant de favoriser un rapport actif au passé chez les élèves.

Sur une note positive, M. Éthier explique que, si nous envisageons l’histoire comme une invitation à réfléchir plutôt qu’à simplement mémoriser, alors chaque élève peut y trouver un chemin. L’essentiel n’est donc pas d’employer LA méthode parfaite, mais celle qui, au moment opportun, éveille une conscience du passé, éclaire le présent et ouvre une possibilité d’agir ensuite sur le monde.

Cocréé par le Dr Marc-André Éthier et Arianne Dufour