Dr. Laurie Pageau

Université du Québec à Chicoutimi

Laurie Pageau est professeure régulière à l’Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), après y avoir été professeure invitée pendant deux ans. Elle a également enseigné à titre de chargée de cours à l’UQAC et à l’Université Laval. Elle évolue dans un contexte universitaire régional, auprès d’une population étudiante majoritairement composée de futurs enseignants de première génération en histoire et géographie, tant au primaire qu’au secondaire.


Les programmes d’études en contexte

Mme Pageau enseigne dans un contexte curriculaire qu’elle qualifie de « pôles de tensions ». Selon elle, les programmes d’univers social oscillent entre « transmettre un récit historique établi » et « demander aux élèves de construire leur propre compréhension du passé ». Dans ce contexte, son objectif est donc de former des enseignants capables de « développer une posture réflexive » et de naviguer à travers ces contradictions sans nécessairement les subir. En ce sens, elle travaille également à déconstruire la dépendance au manuel, qu’elle voit comme un frein à l’autonomie professionnelle. Très présente au Québec, cette dépendance lui permet d’envisager des pratiques pédagogiques variées, allant du jeu à l’histoire locale en passant par la problématisation.

De la théorie à la pratique : les objectifs du programme en action

L’un des projets les plus marquants de Mme Pageau repose sur l’utilisation de Minecraft Éducation. À partir de cet outil didactique, les étudiants du baccalauréat en enseignement y construisent des bâtiments historiques. Au préalable, ces derniers doivent effectuer une recherche menée dans les archives de la BAnQ afin de les modéliser dans le jeu : « On détourne l’outil pour qu’il devienne formateur », mentionne-t-elle. Le projet touche selon elle plusieurs objectifs : « l’apprentissage par le jeu, la problématisation, la recherche documentaire, l’histoire locale… tout ça dans un même projet ». En encourageant l’appropriation de cette démarche, Mme Pageau souhaite que les futurs enseignants prennent conscience que l’enseignement de l’histoire ne repose pas systématiquement sur un cahier d’activités ou un manuel : « Je veux les détacher des manuels ». Dans un futur proche, Mme Pageau souhaite développer davantage l’avenue de cette approche ludique en ajoutant une question d’enquête dans le but d’« amener les étudiants à réfléchir à l’usage social des bâtiments ». Pour cette dernière, ce type de tâche donne un sens concret à l’histoire. Elle invite les futurs enseignants à sortir du manuel, à construire un discours historique fondé sur des choix, des sources, des interprétations : « Ça insécurise, mais c’est une bonne insécurité », confie-t-elle. Le jeu offre un cadre bienveillant où l’erreur est permise, où l’on ose expérimenter.

En résumé, Mme Pageau désire: « former des enseignants qui vont devenir des modèles à penser. Pas des modèles de perfection, mais des personnes capables de guider les élèves dans une réflexion sur le passé ». Pour elle, l’enseignement de l’histoire ne consiste pas à transmettre un savoir figé, mais à cultiver une pensée critique nourrie d’une conscience historique.

Ce travail s’enracine dans une conception engagée de la conscience historique : « L’utilisation de cette conscience historique devient une clé essentielle pour construire une pensée critique réfléchie ». De ce fait,  elle insiste sur le fait que les futurs enseignants doivent comprendre que dans chaque décision citoyenne, il y a les traces du passé : « il y a des phénomènes, des tensions qui se sont construits et qu’on se doit de connaître avant de se positionner comme citoyen. » Ainsi, elle aspire à ce que ses étudiants deviennent des citoyens conscients de cette conscience historique, capables d’en saisir l’historicité, pour eux-mêmes et pour ceux qu’ils formeront.

Naviguer dans les complexités de la préparation des enseignants


L’un des défis soulignés par Mme Pageau est la résistance au changement. Certains futurs enseignants gardent en mémoire des souvenirs marquants de cours d’histoire qui leur ont été dispensés, preuve que l’enseignement peut être efficace à travers des cours magistraux. Mais, note-t-elle, dans ces moments-là, « c’est l’enseignant qui fait le travail de réflexion historique, de réflexion critique et de conscience historique ». Son objectif est de transférer ce rôle aux étudiants, en utilisant des pédagogies qui permettent le « brassage d’idées ». Elle prépare également les étudiants à faire face aux affirmations selon lesquelles les connaissances acquises à l’université ne s’appliquent pas dans les écoles, en leur rappelant qu’ils apprennent les pratiques les plus efficaces selon la science. Son conseil : « Il n’y a pas deux enseignants pareils… N’ayez pas peur de vous tromper. » Elle recommande donc de faire un point moyen entre les deux : s’inspirer des nouvelles pratiques et de regarder ce qui se passe sur le terrain pour adapter ses choix pédagogiques en fonction du contexte, des élèves et des réalités de la classe.

Cocréé par le Dr Laurie Pageau et Arianne Dufour