Dr. Becca Evans

Queen’s University

Le Dr Becca Evans a récemment obtenu son doctorat en éducation civique à l’Université Queen’s. Elle a également été chargée de cours dans le cadre du programme du baccalauréat en éducation de l’Université Queen’s, où elle a enseigné les fondements historiques et philosophiques de l’éducation et donné des cours sur l’éducation environnementale.


Les curriculums en contexte

Le cours sur les fondements historiques et philosophiques de l’éducation que Becca enseigne est un cours obligatoire dans le programme d’enseignement de Queen’s. À travers ce cours, elle aide les futurs enseignants à comprendre les histoires et les forces motrices qui façonnent leur contexte d’enseignement, en soulignant qu’ils peuvent être des agents de changement au sein du système éducatif. « L’examen de ces histoires du passé, que nous portons en nous, que nous en soyons conscients ou non, nous aide à mieux comprendre qui nous sommes et à réfléchir à qui nous voulons être à l’avenir en tant qu’enseignants », note-t-elle.

Becca est consciente que le programme de formation des enseignants de Queen’s est composé d’une « population majoritairement blanche, féminine et aisée », bien que le nombre d’étudiants autochtones et issus de minorités ethniques soit en augmentation. Elle observe également que le cours lui-même, dont les origines remontent aux premières versions du Teacher College de l’université Columbia, est « de nature coloniale » et met traditionnellement l’accent sur les récits et les conceptions dominantes de l’histoire de l’éducation. Becca remet en question ces aspects coloniaux en encourageant les futurs enseignants à développer « l’habitude de remettre en question afin qu’ils puissent découvrir les multiples récits contradictoires qui continuent d’influencer le présent ». Cette approche nécessite une  réflexivité  continue : « En tant que femme blanche non autochtone, chercheuse et éducatrice, je fais attention à la manière dont j’intègre les récits des groupes en quête d’équité. Je suis consciente que les récits historiques ont des significations différentes pour les apprenants d’identités diverses. »

De la théorie à la pratique : les objectifs pédagogiques en action

Au cœur du travail de Becca avec les enseignants en formation se trouve une réflexion sur la manière dont les croyances et les hypothèses individuelles concernant le système éducatif influencent les pratiques pédagogiques. En réfléchissant à ces croyances profondément ancrées et en examinant quels aspects de leurs croyances ils peuvent remettre en question et abandonner, les enseignants en formation peuvent commencer à « se considérer comme des agents du changement capables d’intégrer le système et de façonner l’avenir de l’éducation, en commençant par eux-mêmes ».

Pour faciliter cela, Becca invite les futurs enseignants à réfléchir à leur propre parcours personnel. Les étudiants sont chargés de « réfléchir aux événements marquants de leur vie personnelle qui ont profondément influencé ou modifié leur parcours éducatif ». Cette réflexion personnelle sert ensuite de point de départ aux futurs enseignants pour commencer progressivement à « examiner les systèmes plus larges et les forces motrices au sein de ces systèmes » afin de comprendre que le statu quo peut être modifié grâce à des efforts collectifs.

Une activité pédagogique remarquable mise en œuvre par Becca est un projet d’histoire orale. Les futurs enseignants recherchent des personnes dont les expériences éducatives diffèrent des leurs et engagent des conversations en direct afin d’en apprendre davantage sur leurs parcours uniques. En réfléchissant aux similitudes et aux différences entre leurs récits, cette activité pédagogique encourage la réflexivité et invite à remettre en question ses propres hypothèses et préjugés sur l’éducation. Cette remise en question peut ensuite être étendue au système éducatif dans son ensemble.    

Becca incite également à la réflexion en invitant les étudiants à trouver des métaphores pertinentes pour leur pratique, ce qu’elle a appris à faire lorsqu’elle a elle-même suivi ce cours avec le Dr Ted Christou. Elle estime que les métaphores offrent un point d’ancrage tangible pour réfléchir à son parcours éducatif et à ses aspirations. De plus, elle utilise des liens avec des lieux, par exemple à travers une activité d’ancrage territorial où les participants dessinent un lieu qui revêt une importance personnelle et historique pour eux. Bien qu’elle ait initialement développé cette activité pour l’éducation à l’environnement, elle se prête bien à l’enseignement de l’histoire.  Les futurs enseignants revisitent et annotent leurs dessins à l’aide de questions qui les incitent à réfléchir à leurs émotions par rapport à des sujets historiques et environnementaux. Becca considère cette activité comme « un exutoire somatique qui aide les futurs enseignants à être à l’écoute de leurs émotions en classe », soulignant le pouvoir des « pédagogies qui invitent à l’écoute des émotions ». 

L’ancrage terrestre de Becca, provenant du parc du lac Ontario, qu’elle partage comme exemple pour ancrer son enquête dans la communauté locale. Photo fournie par Becca.

Naviguer dans les complexités de la formation des enseignants


Becca relève le défi des attentes des étudiants dans son cours sur les fondements historiques et philosophiques de l’éducation. Alors que les étudiants recherchent souvent des récits dominants clairs et prévisibles, elle s’efforce de « trouver un équilibre en leur donnant la possibilité de développer leurs propres récits » qui peuvent « décoloniser de manière continue et mettre en avant les voix historiquement marginalisées ».

Becca remet également en question les notions conventionnelles de l’historien, allant au-delà de l’idée d’un « expert capable de raconter une histoire uniquement à partir de l’analyse de sources primaires ». Becca recherche « de nouvelles façons d’honorer la multiplicité des compréhensions de ce qu’est l’histoire », par exemple en considérant comment le temps est conçu de manière cyclique plutôt que linéaire à travers les visions du monde des peuples autochtones locaux (par exemple, les Anishinaabek). Elle estime que « le domaine de l’histoire a une belle façon de s’étendre et, grâce à des efforts continus, il peut être compris comme une discipline incarnée, plutôt que comme une simple discipline cognitive ».

Cocréé par le Dr Becca Evans et Jessica Gobran